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La
maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative
qui intéresse près de 100 000 personnes en France.
C'est la deuxième maladie neurodégénérative la plus
fréquente après la maladie d'Alzheimer. Elle est
responsable d'un handicap important, en particulier en
raison des troubles et du déficit moteur qu'elle
procure.
Cette
maladie est liée à la mort prématurée des neurones
d'un noyau du tronc cérébral, la substance noire, qui
assure l'innervation dopaminergique d'un des relais
fondamentaux des circuits moteurs cérébraux, le
striatum. Le déficit en dopamine dans le striatum rend
compte de la genèse des principaux symptômes moteurs
qui caractérisent la maladie de Parkinson :
tremblement, hypertonie (ou rigidité musculaire
anormale), akinésie (lenteur exagérée du mouvement)
et à un moindre degré, troubles de la marche et de l'équilibre.
Depuis
maintenant une trentaine d'années, la découverte de la
lévodopa, acide aminé précurseur de la dopamine, a révolutionné
le traitement de cette maladie : il corrige, tout au
moins à court terme pendant les premières années, la
plupart des symptômes cliniques. C'est la "lune de
miel". Cependant, ce traitement est loin d'avoir résolu
l'ensemble des problèmes liés à cette maladie pour
deux raisons principales :
1- La
première est que ce traitement est de nature purement
symptomatique, c'est à dire qu'il ne fait que corriger
la conséquence de la mort des neurones dopaminergiques
(en remplaçant la dopamine endogène manquante) mais
qu'il n'influence en aucun cas le mécanisme causal,
c'est à dire la mort de ces neurones. La maladie
sous-jacente continue donc de s'aggraver progressivement
au fil des ans en dépit de ce traitement.
2- La seconde limite de la dopathérapie réside dans le
fait qu'après quelques années de traitement, la réponse
des malades à ce médicament devient beaucoup moins régulière
et prévisible dans la journée, avec la survenue de ce
que l'on appelle les "fluctuations motrices",
c'est à dire des oscillations d'un moment à l'autre,
entre des périodes de mobilité où les malades voient
leurs symptômes corrigés par le médicament (ces périodes
sont aussi appelées phases "ON"), et des périodes
de retour de la symptomatologie parkinsonienne avec réapparition
du handicap moteur parkinsonien (phases
"OFF"). A côté de ces fluctuations motrices,
la dopathérapie provoque aussi au bout de quelques années
de traitement, la survenue de mouvements anormaux
involontaires qualifiés de "dyskinésies",
qui surviennent essentiellement pendant les périodes
"ON" dont elles altèrent la qualité sur le
plan fonctionnel. La L-dopa provoque en outre d'autres
effets indésirables, hallucinations en particulier.
Au cours
du 5ème Colloque de la Société des
Neurosciences de Toulouse, la communauté scientifique
s'intéressera à de nombreux aspects touchant à ces
problèmes, pour tenter de mieux comprendre, et par là
même de mieux combattre, ces insuffisances de la dopathérapie.
Plusieurs conférences concerneront la "neuroprotection".
En effet, en marge de l'effet symptomatique actuellement
procuré par la L-dopa, l'enjeu de la recherche en
neurosciences dans ce domaine consiste à comprendre les
mécanismes intimes qui conduisent à la dégénérescence
et à la mort des neurones dopaminergiques. Grâce à
cette meilleure appréhension des mécanismes de la mort
neuronale, on espère arriver à développer de
nouvelles molécules pharmacologiques qui ralentiront le
cours évolutif de la maladie, voire à le stopper. De
très nombreuses hypothèses ont été étudiées depuis
maintenant plus de 10 ans. Nous arrivons, à l'aube du
XXIe siècle, au stade où l'on peut enfin
tester les premières molécules neuroprotectrices chez
l'homme dans cette indication. Ceci soulève de
multiples questions relatives aux moyens d'évaluer en
clinique chez les malades, le bénéfice et le risque de
ces nouveaux médicaments potentiels. Les progrès de la
neuroimagerie fonctionnelle constituent un appoint appréciable
pour le chercheur et le clinicien à ce stade de la
recherche et de ses applications cliniques.
Une autre
option pour repousser les limites de la dopathérapie
consiste à développer de nouveaux moyens thérapeutiques
afin de corriger les complications motrices à long
terme lorsqu'elles sont présentes : fluctuations
motrices et dyskinésies. L'étude chez l'animal de
nouveaux modèles physiopathologiques décrivant
l'organisation des circuits moteurs altérés par la
maladie de Parkinson, a permis de développer une
modalité thérapeutique originale : la stimulation cérébrale
profonde. Cette dernière consiste à implanter des électrodes
intracérébrales dans certains noyaux impliqués au
sein des circuits moteurs désorganisés par la maladie
de Parkinson, pour en "rééquilibrer" la
fonction. Depuis quelques années, la faisabilité, la
fiabilité et la sécurité de cette technique ont été
évaluées chez le malade parkinsonien, et le 5ème
Colloque des Neurosciences sera l'occasion de faire le
point sur ce nouveau traitement. Il pose des questions
fondamentales nouvelles : comment agit-il ? Quels sont
ses effets sur ses cibles cérébrales au niveau
cellulaire comme au niveau des réseaux de neurones ?
L'un des intérêts principaux de la stimulation cérébrale
profonde réside dans le fait qu'elle "bloque"
de façon fonctionnelle l'activité de certains noyaux cérébraux
sans les détruire. Il s'agit donc d'un procédé réversible,
qui n'a plus rien à voir avec la chirurgie
fonctionnelle d'antan, par lésion et coagulation cérébrale,
pratiquée il y a encore quelques décennies et qui
laissait des séquelles parfois irréversibles. Par
ailleurs, ce type de traitement, particulièrement
efficace chez les parkinsoniens souffrant de
fluctuations motrices ou de dyskinésies induites par la
L-dopa, s'avère prometteur dans d'autres indications thérapeutiques.
C'est ainsi le cas par exemple de la douleur et
probablement aussi de certaines maladies psychiatriques.
Toutes ces perspectives futures seront aussi évoquées
à l'occasion de ce colloque.
Paris:
avril 2001
Olivier Rascol
Laboratoire de
pharmacologie médicale et clinique
Centre d'investigation clinique (CHU-Inserm), Toulouse
Tél : 05 61 14 59 62
Mél : rascol@cict.fr
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