Sexualité et maladie de
Parkinson 1
Paru dans Le Parkinsonien
Indépendant n°15 - décembre 2003
Nous lisons régulièrement des
informations suggérant des difficultés
inhérentes à la perte de libido ou au
manque d’érection pour le malade atteint
de la maladie de Parkinson. Ainsi que
des suggestions ou des conseils pour
accompagner ces difficultés.
Mais nous n’avons pas encore lu de
publications qui s’interrogent sur le
phénomène inverse.
Pourquoi ? Serait-ce par
pudibonderie ou parce que la sexualité
est plutôt considérée comme positive
quand elle se développe même trop
largement ?
Pour autant, ce n’est pas toujours
le cas ; nous en voulons pour preuve les
confidences que nous disent recevoir les
psychologues ou les réactions entendues
lors de notre rencontre du 22 novembre
et dont vous trouverez un compte rendu
dans cette revue.
En effet, comment un couple qui a
déjà quelques années de vie commune et
une activité sexuelle relativement
calme, peut réagir à une « libido »
exacerbée pour la femme ou des érections
de « jeune homme » pour l’homme ?
Le risque est grand d’un décalage
important entre les deux partenaires
dont l’un, malade, est traité par des
médicaments qui ont un effet sur la
sexualité mais qui n’a pas toujours (je
dirais même rarement) été informé de ce
phénomène.
De même, les personnels des
établissements d’accueil ne peuvent pas
toujours comprendre ce qui fait réagir
leur « patients », un peu impatients
dans ce domaine, alors qu’une
information simple et un peu de
compréhension éviterait de sauter
directement à la conclusion sommaire de
la « perversité » de leur client !
Il faut savoir – et là les notices
d’accompagnement des médicaments ne
comportent pas toujours ce type
d’information – que certains agonistes
dopaminergiques sont également utilisés
pour traiter des troubles de l’érection
(la Dopergine par exemple) ou de la «
libido ».
Un médicament qui a récemment été
retiré de la commercialisation pour
traiter la maladie de Parkinson devrait
revoir le jour, sous un autre nom et
peut-être une légère modification de
constitution chimique, pour concurrencer
le trop célèbre « Viagra » !
Cette information minimum du
malade nous la revendiquons y compris
dans ces éléments les moins faciles à
aborder pour les médecins, les
neurologues, ou tout autre personnel
soignant.
C’est, en effet, trop simple de
laisser le malade, ou le couple, seul
face à sa (leur) détresse devant des
phénomènes qu’il n’arrive pas toujours à
aborder y compris avec son conjoint.
Or la détresse que nous ont
exprimée certains couples – ceux qui
parlent – est très profonde. Les deux
partenaires ne se comprennent plus et se
culpabilisent ou au contraire font le
reproche à l’autre de ne pas, plus,
répondre à leurs attentes ou de ne pas
respecter leur demande de « calme ».
Ils se posent des questions sur
leurs sentiments, leurs relations dans
le couple, alors qu’une information
minimum sur les effets du traitement
suivi par le malade dans le domaine de
la sexualité leur permettrait de
remettre les questions à leur juste
place.
Bien évidemment, cela ne résoudra
pas toutes leurs questions ; mais compte
tenu de l’importance de la sexualité
dans le couple, cela permettrait
d’adoucir des échanges souvent très vifs
quant ils concernent ce domaine
particulier.
Nous ne voulons pas suggérer au
travers de cet article que tous les
phénomènes de débordement sexuels
s’expliqueraient de cette manière. Nous
voulons simplement attirer l’attention
de chacun sur le fait que les
traitements chimiques que nous
ingurgitons journellement n’ont pas que
des effets sur la maladie de Parkinson :
ils peuvent également produire d’autres
effets qu’il est utile de connaître.
Jean GRAVELEAU, directeur de
publication.
En collaboration avec :
Maryvonne ROGINSKI, psychologue
Écrit par gp29 le
19 décembre 2003 à 15:02
Sexualité et maladie de
Parkinson 2
Dans la vie de toute personne adulte,
être en relation avec l'autre, c'est
aussi jouir d'une vie sexuelle épanouie.
Partager un moment d'intimité représente
donc une source de plaisir privilégiée.
Bien que les aspects psychologiques de
la séduction demeurent encore intrigants
et mystérieux, il est sûr que l'attrait
et le désir passent par le regard posé
sur l'autre.
Étant donné les nombreux symptômes de la
maladie de Parkinson, le corps de la
personne se transforme, et l'image que
celle-ci a de son corps peut aussi se
modifier. De ce fait, sa perception
d'elle-même risque d'être profondément
modifiée et elle aura tendance à se
sentir moins séduisante.
L'estime de soi peut aussi être touchée,
car la personne atteinte peut se sentir
dévalorisée à cause, entre autres, d'une
vie moins active. Certaines personnes
expérimentent aussi une perte d'identité
par suite de l'abandon de leur travail
et de leurs activités de loisirs, car
elles n'ont plus l'impression d'être un
" vrai homme " ou une " vraie femme ".
Tous ces changements sont donc
susceptibles de perturber la vie
sexuelle, puisque la perception qu'une
personne a d'elle-même ou de l'autre est
très importante dans le déroulement
d'une activité sexuelle. Le sentiment
d'être désiré et désirable est
primordial, mais il peut être affecté
par certains symptômes de la maladie de
Parkinson comme la diminution de
l'expression du visage, un changement de
l'odeur corporelle ou les difficultés de
déglutition.
Par ailleurs, certaines dysfonctions
sexuelles peuvent survenir, comme la
difficulté à obtenir ou à maintenir une
érection, une faible lubrification
vaginale, une hypersexualité , une
difficulté à éjaculer ou à obtenir un
orgasme. En outre, le stress, la
dépression, la fatigue et le manque
d'énergie dont souffre souvent la
personne atteinte de la maladie de
Parkinson affectent sans contredit
l'intérêt et le désir sexuel. Qui plus
est, d'autres éléments comme la prise de
médicaments, le vieillissement, la
ménopause, l'andropause ou des problèmes
de santé concomitants telles les
maladies cardiaques, vasculaires et
endocriniennes peuvent aussi modifier
l'activité sexuelle.
L'hypersexualité est une dysfonction
sexuelle pouvant être présente chez les
personnes qui utilisent certains
médicaments anti-parkinsoniens. Elle se
caractérise par des comportements
sexuels inhabituels et excessifs, des
propos à caractères sexuels fréquents,
un intérêt marqué pour l'activité
sexuelle, un comportement sexuel
inapproprié. Il est important de
transmettre à son médecin ou à l'équipe
soignante tout changement de
comportement sexuel qui semble inadéquat
afin de pouvoir réévaluer le traitement
médicamenteux et le modifier au besoin.
(Young Parkinson's Handbook, a Guide for
patients and their families, chapiter
10, "Sexuality and Gender issues in PD")
Il est aussi important de comprendre que
le système nerveux autonome joue un rôle
primordial dans l'accomplissement de
l'activité sexuelle. Dans la maladie de
Parkinson, ce système responsable des
mécanismes d'érection et d'éjaculation
peut être atteint. La rigidité, le
tremblement, la lenteur et les
mouvements involontaires imposent aussi
de nouvelles contraintes dans
l'expression de la sexualité : certaines
positions, lors de la pénétration, et
certaines caresses deviennent plus
difficiles à exécuter.
Tous ces changements amènent
généralement des tensions au sein du
couple. Beaucoup de préjugés persistent
encore autour de la sexualité. Il
demeure donc difficile de parler
librement des inquiétudes et des
problèmes rencontrés, notamment quand
ceux-ci sont reliés à la maladie. Cette
situation est regrettable, car la
communication reste la solution à
envisager pour s'adapter à cette
nouvelle réalité. D'autres moyens
peuvent également être envisagés, comme
tenir compte de l'état de santé et de
l'effet des médicaments. En effet, une
personne qui se sent bien physiquement a
tendance à ressentir plus de désir
sexuel et c'est au moment où les
médicaments sont efficaces qu'ils
permettent une plus grande mobilité. Par
ailleurs, l'initiative à tour de rôle,
dans une relation sexuelle, permet à la
personne atteinte de recevoir les
caresses lorsqu'elle ne se sent pas
habile de les exécuter. Il est également
important de rester positif,
c'est-à-dire de se concentrer sur les
gains et non sur les pertes, sinon cette
situation ne fait qu'engendrer de la
frustration et de la tristesse. Tout le
contraire du plaisir ! En ce qui a trait
aux dysfonctions sexuelles, comme une
lubrification vaginale insuffisante, il
est possible de corriger ce problème par
une thérapie de remplacement hormonal.
De même, le marché pharmacologique offre
plusieurs solutions pour traiter les
troubles érectiles. Parmi ces thérapies,
il existe des médicaments qui peuvent
être pris par voie orale ou pénienne.
L'injection intrapénienne et l'implant
d'une prothèse sont également des
solutions envisageables. Le choix du
traitement dépend de la difficulté
identifiée, de la condition de santé
générale, des préférences personnelles
et de l'avis du médecin traitant ou du
professionnel consulté.
Bien que ces problèmes sexuels puissent
être résolus de façon plus technique, il
est possible d'envisager la situation
autrement, c'est-à-dire d'explorer de
façon différente sa sexualité avec
l'autre, car si la pénétration procure
un plaisir et une intimité, d'autres
caresses, à découvrir peut-être, peuvent
aussi apporter une satisfaction sexuelle
qui permettra de dédramatiser la
présence de dysfonctions sexuelles.
Le médecin de famille, l'infirmière ou
le neurologue peuvent orienter les
personnes qui en ont besoin vers les
personnes ressources capables d'évaluer
la situation et de proposer des
traitements. Les urologues, les
psychologues, les sexologues ou les
gynécologues sont tous des spécialistes
qui peuvent être consultés pour une
difficulté ou une dysfonction sexuelle.
En résumé, les changements entraînés par
la maladie de Parkinson exigeront
éventuellement une adaptation qui risque
de modifier les habitudes passées. Les
préliminaires et les caresses prendront
peut-être plus de place, l'intimité du
soir sera vécue le matin, les draps de
satin remplaceront les draps de coton,
etc. Et la communication occupera une
place prépondérante pour conserver un
espace où respect, complicité, tendresse
et amour pourront s'exprimer librement
et harmonieusement.