Un drôle d'avenir

Sera-ce encore moi cet
être à peine humain,
Débris d’humanité
qu’on cachera aux autres.
Tant il sera difforme une lèvre pendante,
Un sourire figé qui n’est plus un sourire.
Rictus sans profondeur, signe que tout déraille,
Signe que tout défaille
Sera-ce encore moi ce corps sans consistance,
Las des douleurs passées, las des douleurs présentes.
Corps immobile et sec bâton craquant des branches,
Des articulations des membres immobiles
Fixes et douloureux
Sera-ce encore moi ce visage vidé,
Cette absence de vie ces yeux gris sans éclat.
Joues flasques et sans âge,
Lèvre
blanche d’où ne sort aucun son aucun nom.
Jambes fixées sur place incapables d’agir,
Privées de leurs fonctions pieds lourds et immobiles.
Attendant dans la peur un ordre de partir,
Ils ne peuvent obéir et restent gourds et sourds.
Sera-ce encore moi ce tremblement total,
Cette danse des mains qu’on ne réclame point.
Cette valse des bras qu’on n’a pas commandée,
Ce ridicule agir pour aller où ? ci-gir…
Sera-ce encore moi cette soif de paroles éteintes à peine nées.
Chaos de mon cerveau qui ne peut rien régler qui abandonne tout,
Des gestes les plus simples aux dessins compliqués,
Nés il y a longtemps mais jamais terminés.
Sera-ce encore moi cette ombre qu’on promène,
Mais qui sera ce « on » cet être précieux.
Lui-même fatigué ne pouvant plus m’aider,
Et las de supporter une charge impossible,
Je saurai reconnaître ce moment de refus.
D’ici là vivons donc, aimons-nous, aimons nous.
Le temps sait triompher des plus belles histoires,
II faut reculer l’heure de sa proche
victoire.
Comptons les ans, les mois les semaines aussi
Et tâchons de remplir d’amour cette fenêtre,
Qui reste encore ouverte à de nombreux plaisirs.
Avant que ne bascule le temps des souvenirs,
Et qu’on soit à autrui Iimportun par défaut,
Inutile surcharge pour un coeur trop fragile.
Pour un corps fatigué pour un amour si vieux,
Qu’il s’est lassé d’attendre, lassé ?
Non ; c’est ma
chance de retrouver encore
Un sourire, un baiser dans mon noir avenir.
Venir me consoler.
Poème
de Claire G.
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