|
Cette
technique permet de faire disparaître pratiquement tous les symptômes
de la maladie de Parkinson. Elle consiste à implanter une série d’électrodes
dans le cerveau du patient, lesquelles sont reliées à un générateur
d’électricité, à l’instar du stimulateur cardiaque.
La maladie de Parkinson est une terrible affection
neurodégénérative perturbant la motricité et multipliant les
tremblements, avec l’apparition d’une rigidité des membres et
d’un ralentissement des mouvements, pouvant aboutir à une immobilité
complète. Sournoise,
elle laisse le patient impuissant, tandis
que ses capacités intellectuelles
ne sont pas touchées.
Elle est due à une dégradation des cellules nerveuses produisant un
neuromédiateur spécifique, la dopamine. D’où l’idée de combattre
cette maladie avec de la Levodopa,
un médicament compensant le déficit
en L-Dopa. Malheureusement, celui-ci étant peu efficace chez les
malades sévèrement atteints, les chercheurs se sont tournés vers la
stimulation cérébrale.
Une intervention chirurgicale qui relève de
la prouesse
Cette microchirurgie consiste à implanter dans le cerveau, précisément
au niveau du noyau sous-thalamique, une série d’électrodes de 1,3 mm
de diamètre, reliées par un câble sous-cutané à un générateur
d’électricité, tout à fait comparable au stimulateur cardiaque.
Les électrodes délivrent des impulsions à haute fréquence dans une
toute petite région cérébrale très ciblée. On comprend la difficulté
de l’acte chirurgical, tout se joue à quelques millimètres. En
fait, cette intervention s’effectue en direct, c’est-à-dire que
l’emplacement exact des minuscules aiguilles est déterminé en
fonction des réactions du patient sous anesthésie locale. Une telle
prouesse peut prendre jusqu’à une quinzaine heures.
Selon le Pr Alim-Louis Benabid du CHU de Grenoble, considéré comme le
père de la stimulation cérébrale, cette technique permet de « faire
disparaître pratiquement tous les symptômes.
Après avoir été
grabataires, les malades retrouvent instantanément le chemin de la vie :
manger, se promener, aller au cinéma et danser. »
Ajustable et réversible
Cette intervention n’est pas mutilante. Elle peut être adaptée,
dans le sens où l’intensité du courant se modifie facilement afin
d’ajuster le traitement. Et enfin, elle est réversible car à tout
moment les électrodes peuvent être enlevées.
Sélection drastique
Hélas, la liste d’attente est longue et la sélection des patients
très rigoureuse. Sur les 100.000 personnes touchées par la maladie de
Parkinson, seules 1.000 peuvent y prétendre.
L’an passé, 350
d’entre elles ont effectivement bénéficiées de cette opération. La
sélection est drastique : personnes jeunes (entre 35 et 50 ans),
souffrant surtout de dyskinésie (mouvements anormaux, incontrôlables
et répétés), de troubles moteurs et insensibles à la L-Dopa. Sont
systématiquement écartés les sujets atteints de troubles
intellectuels ou de dépression intense. Malgré tout, l’attente
reste très longue, puisque s’écoule facilement deux ans avant la
réalisation de l’intervention, un délai malheureusement fort préjudiciable,
qui s’explique notamment par le coût de l’intervention (23.000 à
30.000 euros).
Pourtant, la France domine dans cette discipline avec 16 centres qui la
pratiquent (dont Lille, Pitié-Salpêtrière à Paris, Henri-Mondor à
Creteil…).
De multiples champs d’application
Face à ce succès, les chercheurs souhaiteraient vérifier
l’efficacité de la stimulation cérébrale chez les personnes
souffrant uniquement de troubles
obsessionnels compulsifs (TOC). En effet, après cette opération,
deux patients parkinsoniens se sont retrouvés débarrassés de leurs
TOC. Par ailleurs, des travaux sont en court chez des sujets atteints
d’une forme sévère d’épilepsie.
Pour l’instant, certains
ont vu après une telle intervention, la fréquence de leurs crises
diminuer de 68 à 81%. La stimulation cérébrale pourrait également
donner des résultats intéressants pour les cas les plus critiques dans
le domaine des migraines
ou de certaines formes d’obésité.
02/04/2003
Dr Isabelle Eustache |