
Le
cerveau est la grande aventure scientifique du XXIe siècle.
Le dogme selon lequel les cellules du cerveau adulte,
contrairement aux autres organes, ne se renouvellent
pas, n'est tombé que depuis une dizaine d 'années.
Les scientifiques ont observé l'intégration de
nouveaux neurones dans deux zones primitives du cerveau,
l'hippocampe et le bulbe olfactif. À l'occasion de la
campagne nationale du Neurodon, qui débute demain, et
qui sera suivie du 16 au 22 mars de la Semaine du
cerveau, plusieurs chercheurs du CNRS ont présenté les
derniers résultats de leurs travaux. Le cerveau livre
peu à peu ses secrets.
Une source de neurones
« L'idée de régénération du cerveau adulte
est-elle encore un mythe ou devient-elle réalité ? »,
s'interroge Pierre-Marie Lledo, qui, au sein du
laboratoire « Gènes, Synapses et Cognition »
(CNRS/Institut Pasteur), tente de repousser les limites
de la neurogenèse, la production de nouveaux neurones.
Son équipe a identifié récemment une nouvelle source
de neurones dans le cerveau adulte, le long d'un «
tunnel » entre le ventricule et le bulbe olfactif.
« Il faut maintenant arriver à l'idée qu'il existe
trois types de neurogenèse », indique Pierre-Marie
Lledo. Dans tous les cas, les précurseurs des nouveaux
neurones sont des cellules gliales, 5 à 10 fois plus
nombreuses dans le cerveau que les neurones, mais
longtemps tenues comme ayant un rôle secondaire.
Le premier type est la neurogenèse « constitutive
» : des nouveaux neurones s'intègrent « naturellement
» dans deux types de circuits, l'un dédié aux
fonctions de l'odorat (bulbe olfactif), l'autre à la mémoire
spatiale (hippocampe).
« Ensuite on a une neurogenèse potentielle, c'est-à-
dire qu'elle n'apparaît que si l'on extrait les
cellules de leur milieu naturel pour les mettre en
culture », explique-t-il. Par exemple le long de la
moelle épinière.
« Il y a enfin la neurogenèse réactive, en réaction
à une lésion », poursuit-il. « Elle est probablement
existante dans beaucoup de structures, en tout cas bien
plus que ce qu'on pouvait envisager jusqu'à présent »,
indique Pierre-Marie Lledo.
jouvence cérébrale ?
« C'est une découverte importante pour le
futur des stratégies thérapeutiques », estime-t-il.
Ce chercheur envisage plutôt dans un premier temps une
utilisation « dans tout ce qui peut être accident aigu
», comme un traumatisme ou un AVC, plutôt que pour des
maladies où la dégénérescence est progressive
(Parkinson, Alzheimer).Les nouveaux neurones s'intègrent
dans les réseaux.
De là à espérer régénérer le cerveau endommagé,
il faudra encore du temps.
"On pourra un jour réparer
les lésions cérébrales"
Le professeur François Chollet est neurologue,
directeur de l'Institut des sciences du cerveau à
Toulouse.
LA DÉPÊCHE DU DIMANCHE : Le cerveau est resté
longtemps terra incognita. Pourquoi ?
François CHOLLET : D'abord parce qu'il est enfermé
dans la boîte crânienne. Et ensuite parce dans son
organisation, le cerveau est très complexe.
DDD : Qu'est-ce-qui a fait récemment avancer les
recherches ?
F. C. : Deux grands axes de recherche ont été
entrepris. Le premier a consisté à étudier
l'organisation et les propriétés des cellules du
cerveau. Se régénèrent-elles ou pas ? C'est une
grande voie de recherche qui sera féconde. Le second
axe, c'est l'observation du cerveau in vivo : les grands
outils d'imagerie. Avec l'IRM, le Petscan, on observe le
comportement cérébral en fonctionnement.
DDD : Qu'a-t-on appris ?
F. C. : Depuis dix ou quinze ans, on sait qu'après
une lésion, due à un traumatisme ou un accident
vasculaire cérébral, ou même une lésion chronique
comme la maladie d'Alzheimer, le cerveau se réorganise
et cherche à compenser. On est maintenant capable
d'influencer cette compensation : par la rééducation,
le réentraînement, et par certains médicaments.
DDD : Pourra-t-on un jour réparer le cerveau ?
F. C. : C'est la grande question, et la voie de
recherche des dix prochaines années. Les chercheurs
travaillent dans plusieurs directions : est-ce qu'il y a
des cellules qui sont capables de réparer, ne faut-il
pas les amener du dehors ? À Toulouse, mais aussi dans
d'autres laboratoires, nous travaillons sur les cellules
souches qui pourraient remplacer le tissu lésé.
Recueilli par S. B.